Prévention et traitement de la plagiocéphalie positionnelle

La plagiocéphalie, ou crâne plat du bébé, est un terme qu’on entend souvent, mais peu de professionnels semblent s’y intéresser. Pourtant, de nombreuses recherches montrent que cette déformation pourrait avoir des conséquences sur le développement de bébé. Cet article décrira sa définition, ses causes, la prévention, la prise en charge de cette déformation du crâne de bébé et le rôle de l’ostéopathe.

Définition

La plagiocéphalie positionnelle est un terme médical qui signifie un aplatissement du crâne. On l’appelle aussi syndrome de la tête plate. La plagiocéphalie affecte en premier lieu l’apparence du crâne: il s’aplatit à l’arrière ou sur un côté, puis les oreilles deviennent asymétriques et parfois c’est les traits du visages qui changent. Il peut en découler un développement irrégulier de la tête et du visage du bébé. (Source: About Kids Health Canada)

Il existe plusieurs types de déformations crâniennes positionnelles, comme la plagiocéphalie occipitale, la brachycéphalie et la dolicocéphalie. Ces termes un peu barbares permettent aux professionnels de santé de décrire l’aspect du crâne. Il ne faut pas confondre ces déformations positionnelles avec les craniosténoses (déformations du crâne causés par des anomalies d’ossification du crâne) qui méritent une attention chirurgicale urgente.
Les pédiatres examinent les bébés avec soin à la maternité et durant la visite de contrôle après le premier mois de vie afin d’exclure l’éventualité de la craniosténose. Cet article discute des cas qui ne nécessitent pas d’attention chirurgicale immédiate et dont l’apparition peut être prévenue et soignée par des conseils positionnels et un traitement en thérapie manuelle. Si vous avez le moindre doute sur le crâne de votre bébé, consultez votre pédiatre ou médecin de famille.

Les parents remarquent parfois l’apparition d’une déformation progressive après la naissance, avec un bébé qui semble regarder toujours dans la même direction.

Les causes

Lors des premiers mois de vie, le crâne des petits d’hommes est très souple, ainsi il peut changer de forme en fonction du positionnement du bébé dans son quotidien.

Les torticolis (ou difficulté pour tourner la tête des deux côtés), le couchage systématique sur le dos et l’utilisation de matériels de puériculture mal adaptés semblent être les trois principales causes de l’augmentation des déformations positionnelles des crânes de nos bébés.
Heureusement, seul un nombre restreint de bébés seraient concernés (environ un sur dix).

Les facteurs de risque

Liste non exhaustive des facteurs de risques (références: Oh Ak 2009, Pogliani 2011, Marck 2015)

Pendant la grossesse:
– sexe masculin;
– premier bébé;
– gros/grand bébé;
– grossesse gémellaire/multiple;
– tête engagée dans le bassin tôt dans la grossesse, positionnement bas du bébé;
– contractions fréquentes pendant la grossesse.

A l’accouchement:
– accouchement long;
– beaucoup de poussées;
– utilisation de certaines manœuvres obstétricales (rotations forcées de la tête de bébé, pression sur le ventre de la maman…)
– utilisation d’instruments;
– fracture de la clavicule.

Trois premiers mois de vie:
– prématurité;
– position couchée sur le dos, peu de temps d’éveil sur le ventre ;
– position préférentielle de la tête, présence d’un torticolis ;
– position pendant l’allaitement (sein et biberon);
– retard de développement, hypotonie;
– problématiques orthopédiques: pied valgus, problèmes de hanches;
– utilisation non adaptée de certains matériels de puériculture (exemple: sommeil dans un transat, périodes longues et répétées en cosy/siège auto, surface de couchage trop dure ou trop molle…)

Prévention

Des conseils simples permettent de prévenir l’apparition des têtes plates. Quand une déformation est avérée, je vous conseille de consulter un professionnel bien formé, qui pourra vous donner des indications personnalisées pour aider votre bébé.
Si vous voyez que le crâne de votre bébé se déforme, ne vous contentez pas d’un simple « ça va passer » – car cela ne passe pas simplement avec le temps.

L’essentiel est d’alterner les appuis crâniens, afin que le même endroit du crâne ne soit pas sur-sollicité. Si votre bébé semble positionner sa tête toujours du même côté, organisez vous pour l’attirer du côté où il ne tourne  pas la tête. Repérer les éléments de votre quotidien qui attirent le bébé toujours du même côté et faites de votre mieux pour les modifier. Parlez-en aux personnes qui s’occupent de votre bébé dans la journée (assistante maternelle, crêche, grand-parents)

Voici quelques conseils tirés d’un site Canadien.
« Si votre bébé préfère ne regarder que dans une seule direction, encouragez-le à regarder vers une direction de moindre intérêt jusqu’à ce qu’il regarde de façon égale dans les deux directions. Voici, entre autres, ce que vous pourriez faire:

  • Pendant la période de jeux, utilisez des jouets de couleur vive pour l’encourager à regarder dans une direction qui l’intéresse moins.

  • Lorsque vous tenez votre bébé, tenez-le de façon à l’encourager à regarder dans une direction qui l’intéresse moins.

  • Si le berceau de votre bébé est contre le mur, couchez votre bébé avec sa tête vers la tête du lit ou vers le pied du lit, en alternant chaque nuit. Les bébés préfèrent regarder vers la chambre ou une fenêtre plutôt que le mur.

  • Si le berceau de votre bébé n’est pas contre le mur, placez un jouet de couleur vive et sans danger dans le berceau de façon à l’encourager à regarder dans une direction différente chaque nuit. »

Observer régulièrement le crâne de votre bébé: son visage et son crâne. Regardez le de profil et surtout en vue « du haut » pour avoir plus de recul sur la forme de sa tête. Celle-ci devrait être en forme d’œuf. Demandez à un proche qui ne voit pas votre bébé au quotidien les observations qu’il peut faire, le recul permet d’être plus objectif.

La plagiocéphalie positionnelle est fréquemment liée à un torticolis ou une habitude de rotation de bébé. Ces difficultés de mobilité peuvent requérir l’attention d’un thérapeute manuel: kiné et/ou ostéopathe.

Si vous avez le moindre doute, consultez. Ne vous contentez pas de la réponse banale « cela passera » ou encore « ce n’est qu’esthétique ». D’ailleurs, l’esthétique de votre bébé, enfant et futur adulte est importante.
Je suis disponible par mail (photos à l’appui, en vue du dessus s’il vous plait) si vous le voulez. Je préfère un mail « pour rien » plutôt que de passer à côté d’une déformation qui pourrait devenir permanente.

Prise en charge

Lors d’un rendez-vous chez un professionnel, un examen méticuleux de votre bébé devrait avoir lieu. Le crâne évidemment, pour repérer les zones de plat et de bosses ainsi que le reste du corps. Certaines personnes sont formées aux mesures du crâne: ces mesures (totalement indolores pour bébé!) aident dans le suivi des plagiocéphalies.
Il est important de faire également un examen de l’ensemble du corps: vérification de la rotation du cou, de la position préférentielle de bébé, de l’état des lieux du système digestif, des hanches et des pieds…

Les conseils de positionnement sont les plus efficaces avant 6 mois.

Si les déformations perdurent et dès 5 mois, la pose d’un casque peut être proposée. Ces casques ne sont pas remboursés par la sécurité sociale et sont très onéreux, c’est pourquoi la prévention est si importante!

Comment se déroule une séance au cabinet d’ostéopathie avec Marjolaine?

J’aime voir les bébés pour ce type de consultation durant le premier mois de vie, car les premières modifications peuvent être vues par un œil entrainé et les changements dans la vie quotidienne sont aisés pour les parents.
La séance commence par un entretien avec les parents, sur la grossesse, l’accouchement et les premières semaines de vie.

Ensuite, j’examine le bébé avec douceur et bienveillance, afin de prendre en compte les différents éléments biomécaniques. Je fais également une prise de mesures au niveau du crâne: l’indice crânien (calcul du rapport entre la longueur et la largeur du crâne, pour déterminer les proportions générales), les diagonales fronto-occipitales (mesure de l’asymétrie du crâne) et les distances naso-auriculaires (pour évaluer l’asymétrie du visage).
Ces différentes mesures me permettent d’évaluer la gravité de la déformation et de suivre l’évolution dans le temps.

Le nombre de séances dépendra directement du type de déformation, de l’âge du bébé et de la réactivité parentale. En effet, les parents peuvent avoir une action déterminante s’ils suivent bien les conseils de positionnement dans leur quotidien.

Que faire après 6 mois? et après un an?

Il existe des solutions, dont la thérapie par le casque. Un professionnel formé pourra vous orienter vers un pédiatre spécialisé et des orthésistes qui fabriquent les casques sur-mesure.
Plus le casque est utilisé tôt, plus grande sera l’efficacité.

Je suis disponible par mail pour répondre à vos questions: marjolainedey@gmail.com (joignez une photo en vue « du dessus » du crâne de votre bébé) et sur rendez-vous dans mon cabinet d’Avon (77)

Ça va se remettre tout seul?

C’est possible! Mais les études publiées sont plutôt pessimistes sur le sujet. Une des dernières études publiée sur le sujet en 2014 (Van Wijk RS et al) dans le British Medical Journal indique que sur un groupe de 40 bébés recrutés entre 4 et 6 mois de vie, avec des déformations crâniennes positionnelles modérées à importantes, seuls 23% retrouvés un crâne d’une forme normale. C’est à dire que trois quart des enfants gardaient une tête plate et/ou une asymétrie du visage à l’âge de 2 ans.

L’ostéopathie est-elle obligatoire?
(ou la question à 10 millions de dollars!)

Je continue à penser que l’ostéopathie n’est jamais obligatoire. Lorsque les professionnels qui voient l’enfant dés la naissance (puéricultrice, auxiliaire, sage-femme, pédiatre) donnent de bons conseils de prévention, qu’un éventuel torticolis est diagnostiqué et pris en charge par un kiné compétent, et si les parents sont bien entourés et bien conseillés, l’ostéopathie n’est heureusement pas nécessaire!
Mais dans ma pratique, je vois beaucoup trop de bébé dont les difficultés de mobilité n’ont pas été repérées, les parents n’obtiennent pas de réponses à leur question et les têtes plates sont souvent considérées comme un problème esthétique uniquement, donc secondaire.
L’accompagnement par un ostéopathe peut être bénéfique, car il saura donner des conseils personnalisés et prendre en charge le bébé dans de bonnes conditions s’il est bien formés aux techniques pédiatriques et aux dernières recherches sur la prévention de la plagiocéphalie.
Je conseille aux jeunes parents de faire une visite chez un ostéopathe dans le premier mois de vie. Il est facile d’utiliser le bouche-à-oreille et/ou de demander à sa sage-femme qui connaitra les noms des ostéopathes pour bébés ayant une bonne réputation dans votre région.

Les ostéos font des vidéos

Retrouvez toutes ces informations sur notre playlist YouTube dédiée à la périnatalité.

A lire:
– pour les parents: Mon bébé n’aura pas la tête plate
+ témoignage d’une maman ayant été confrontée à un échec thérapeutique: pédiatre, ostéo, kiné… 6 mois de recherche avant de trouver une solution avec le casque, son histoire ici. Une prise en charge précoce aurait évitée une si grosse déformation et le casque aurait été mis en place plus tôt. Aujourd’hui des fabricants de casques existent en France.
– plutôt pour les professionnels, un article de recherche avec biblio, texte complet en français: « Les têtes plates, pas vraiment un casse tête » Le médecin du Québec, 2011.
– Etude française sur le sujet du Dr. Cavalier
– Retards psychomoteurs en plagiocéphalie positionnelle: la recherche démontre que oui, résumé en français ici.

Références:

Van Wijk RS et al. Helmet therapy in infants with positional skull deformation: randomised controlled trial. BMJ 2014;348:g2741 Lien vers PDF
Pogliani L, Mameli C, Fabiano V et al. Positional plagio-
cephaly: what the pediatrician needs to know. A review.
Childs Nerv Syst 2011 ; 27 (11) : 1867-76.
Oh AK, Hoy EA, Rogers GF. Predictors of severity in defor-
mational plagiocephaly.J Craniofac Surg 2009 ; 20 (suppl. 1) :
685-9.

8 réflexions au sujet de « Prévention et traitement de la plagiocéphalie positionnelle »

  1. Toujours aussi agréable et instructif de lire ton blog, Merci encore. Je te pique pour mes patients le lien canadien qui est top.
    Petit détail important il me semble, l’article de Van Wijk et al 2014, que tu cites et qui dit que le crâne ne se remet pas tout seul, lui dit surtout que : « comparativement à l’évolution naturelle de l’évolution de la plagio, eu égard au cout élevé et à la prévalence des effets secondaires importante du port de casque, il est déconseillé pour les nourrissons en bonne santé qui présentent des déformations crâniennes modérées ou sérieuses. »

    1. Merci pour ton commentaire Lo! Pique tout ce que tu veux, le but est de partager! Pour l’article de Van Wijk, je vais m’y replonger et corriger l’article en fonction, merci. C’est très agréable de recevoir un regard critique et de pouvoir prendre du recul.

  2. Merci pour ce résumé très bien écrit, informartif sans être alarmant, mais nécessaire.
    une kiné qui s’occupe de petits d’hommes (aux familles desquels on a souvent dit souvent que ce n’est rien, c’est un problème esthétique…)

  3. Quelle bonne idée que cette page d’information à destination des parents !
    Attention cependant dans tes conseils de lecture, je passe sur le livre de Marck qui conseille aux parents de coucher les enfants sur le coté (danger), le témoignage d’une maman en détresse qui confond poule et oeuf, mais on ne peut lui en vouloir, contrairement aux auteurs de la dénière étude sur les conséquences de la plagiocéphalie en terme de retard psycho-moteur (la plagio provoque des retards ? Ne seraient-ce pas plutôt les retards qui provoquent des plagio, car le bébé bouge alors trop peu ou mal ?)
    Un autre kiné pédia.. :)

  4. Un grand Merci pour cet article et merci au Docteur Marck de nous avoir si bien pris en charge .ce sujet est trop svt laisse de côté par les médecins et les parents

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